La musique de Star Wars ou la construction d’un mythe

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Le mythe qui entoure la saga Star Wars s’est construit, en grande partie, autour de ses musiques. George Lucas a reconnu lui-même que le succès de son œuvre repose à la fois sur ses personnages, les émotions que ceux-ci véhiculent, ainsi que sur les compositions de John Williams. On ne saurait dire mieux : Star Wars ne serait définitivement pas Star Wars sans sa bande originale.

La musique de Star Wars est éternelle

Il est peu dire que les compositions écrites pour les films de la saga Star Wars – et notamment pour les 3 premiers opus, entre 1977 et 1983 – sont parmi les plus importantes contributions à la musique de film moderne. Avec ce travail, John Williams signe, à la fin des années 70, la renaissance des grands thèmes orchestraux et symphoniques au cinéma.

De fait, l’identité de la saga passe encore aujourd’hui par la bande originale de Williams, qui est de nouveau aux commandes de l’orchestre pour l’épisode VII. Et même si le spin-off de 2016, Rogue One, a été confié au Français Alexandre Desplat, celui-ci s’avère être le digne héritier de Williams et compose des partitions qui pourraient tout à fait illustrer des films de Lucas ou de Spielberg.

Naissance d’une partition de génie

Nous sommes en plein dans la décennie 70. George Lucas, un réalisateur indépendant qui vient de remporter un grand succès avec son deuxième long-métrage, American Graffiti (1973), sorti sous la bannière de sa propre société de production Lucasfilms, se lance dans l’écriture d’un scénario pour un film de science-fiction ambitieux, baigné de mythologie et de quête initiatique : Star Wars.

Pendant les années que durent la maturation de son projet, Lucas désire, pour illustrer son space opéra, une bande son uniquement composée de morceaux de musique classique, selon le schéma institué en 1968 par Stanley Kubrick dans 2001, l’Odyssée de l’espace (film qui est d’ailleurs une référence évidente au style abstrait de Lucas pour son premier long, THX 1138).

Son projet resta valide jusqu’à très tard : en effet, Anthony Daniels, qui joue le droïde C3PO dans les films, se rappelle que la copie de travail de Star Wars épisode IV projetée aux comédiens par Lucas comportait encore, pour seule musique, le « Boléro » de Maurice Ravel. Le réalisateur et producteur envisagea même, un temps, d’en faire un film muet – la mise en scène finale en conserve d’ailleurs la trace.

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Couper la poire (Williams) en deux

Lorsque Lucas change d’avis et décide de privilégier une musique originale, il se laisse convaincre par son copain Steven Spielberg d’en confier la composition à John Williams. Celui-ci vient de réaliser la partition des Dents de la mer (1975) ; l’idée du thème musical qui accompagne le requin durant les phases sous-marines, c’est lui !

Jusque là, le cinéma de S-F est musicalement divisé en deux : d’un côté, les tenants de la musique classique, la seule à pouvoir, selon eux, illustrer une production épique. De l’autre, les compositeurs innovants qui tentent d’imiter, dans leurs travaux, le style futuriste : c’est typiquement la musique électronique créée par Louis et Bebe Barron pour Planète interdite (1956).

Williams se situe franchement dans la première catégorie. Pas question de composer une musique futuriste. C’est même plutôt l’inverse : la vérité de la musique est chercher du côté du passé, et non de l’avenir. D’ailleurs, Lucas n’a pas complètement renoncé à son idée première et demande à son compositeur de travailler à partir des œuvres de Mendelssohn, Tchaïkovski ou Holst.

La musique de Star Wars, à la fois classique et théâtrale

Williams ne pouvait pas être plus en accord avec son commanditaire. Sa musique se veut donc :

  • En corrélation avec les références mythologiques reprises dans les films ;
  • Inspirée par le principe du leitmotiv – un procédé d’associations d’entités (lieux, personnages) et de musiques, célébré par Richard Wagner dans ses opéras et que l’on retrouve souvent dans les compositions de Max Steiner, Erich Korngold ou Miklós Rózsa pour le cinéma ;
  • De type théâtral, en s’attachant à véhiculer les émotions éprouvées par les personnages (héroïsme, amour, danger, etc.) ;
  • Illustratrice : parce qu’elle interagit avec les images, soutient l’action (la traversée du champ d’astéroïdes par le Faucon Millenium dans l’épisode IV), figure le suspense, et contribue à installer une atmosphère (douce et nostalgique pour le thème de la Force, imposante et inquiétante pour la « Marche impériale »).

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Personnages et leitmotive

La technique du leitmotiv est centrale dans la musique de Star Wars. Le leitmotiv, popularisé par Wagner notamment dans son Ring, consiste à attribuer un thème musical récurrent à un personnage ou à une émotion, de façon à ce que ce thème, rejoué tout au long de l’œuvre, rappelle ledit personnage ou ladite émotion au moment désiré.

Ainsi, les personnages et les entités fondamentaux de Star Wars s’accompagnent d’un thème musical dédié :

  • Luke Skywalker
  • La princesse Leia
  • Maître Yoda
  • L’Empereur Palpatine
  • Dark Vador : il faut savoir que la fameuse « Marche impériale », sous la forme que l’on connaît aujourd’hui, n’est apparue que dans l’épisode V, L’Empire contre-attaque, en 1980. Le thème écrit pour le premier film (« Imperial Attack ») n’avait pas totalement convaincu ni Lucas, ni Williams lui-même, qui le réécrivit entièrement pour le 2e
  • La romance entre Leia et Han Solo (qui reprend le début du thème de la princesse Leia avant d’évoluer)
  • Même la Force possède sa propre musique, « The Force Theme », qui démarre avec douceur et s’envole rapidement vers le lyrisme ; ce thème est successivement associé à Obi-Wan Kenobi, aux Jedi ou aux Skywalker.

Ces thèmes sont servis tout au long des films, et volontairement modifiés au fil du récit pour mieux refléter l’évolution des personnages et la progression de l’épopée.

Musiques d’ambiance

Le génie de Williams réside également dans les compositions d’ambiance, celles qui illustrent des événements ou accompagnent des péripéties ponctuelles, comme la traversée du champ d’astéroïdes ou l’attaque contre l’Étoile Noire. Voici une sélection des thèmes d’ambiance les plus marquants :

  • « Cantina Band » (épisode IV), morceau joué par les musiciens de l’orchestre de la taverne Mos Eisley, sur Tatooine. Un extrait jazzy et délirant par le biais duquel Williams rend hommage à Benny Goodman, au jazz des années 30 ainsi qu’à ses propres débuts (il a commencé comme pianiste de jazz).
  • « The Throne Room » (tous les épisodes), un court motif qui illustre l’Alliance rebelle et fait partie du générique final.
  • « The Battle of Hoth » (épisode V), un morceau qui accompagne une bataille épique prenant place sur la planète de glace, et opposant la base des rebelles aux effrayants quadrupèdes impériaux.
  • « Accross the Stars » (épisode II), un thème romantique associé à la relation interdite entre Anakin Skywalker et la princesse Amidala, et qui contient de subtiles références à Roméo et Juliette.

Ce qui fait qu’une musique est éternelle ? Le fait qu’on s’en souvienne bien après le visionnage du film. Si l’on en croit cette définition, il est plus qu’évident que la musique de Star Wars, partie intégrante de la construction du mythe, sera toujours là.

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