Star Trek le film de 1979 : une vaste Entreprise

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10 ans après la série originale, Star Trek se déclinait finalement en film, en 1979, après une longue et douloureuse période de gestation. L’importance de ce long-métrage atypique est telle qu’il fut à l’origine d’une franchise increvable, au cinéma (Star Trek Beyond, en 2016, sera le numéro 13) comme à la télévision (4 séries en plus de l’originale). Et du fanatisme de millions d’adulateurs qui se font appeler « Trekkies ». Retour sur un film mythique.

Star Trek le film, 1979 : genèse d’un mythe

Star Trek le film a trop vite été rangé au placard des œuvres-qu’on-ne-regarde-jamais, mais ce ne fut pas entièrement la faute du studio Paramount : la sortie successive, en quelques années, de grands chefs-d’œuvre de la science-fiction (depuis Star Wars et Rencontres du 3e type en 1977 jusqu’à E.T. en 1982) a contribué à voler la vedette à l’adaptation cinématographique de la série Star Trek.

Pourtant, ce Star Trek le film de 1979 a été, à de nombreux égards, à la fois un film terminal (il marquait la conclusion d’une série mythique, que son créateur Gene Roddenberry voyait comme une parabole humaniste de science-fiction) et un film fondateur, au sens où il a lancé une franchise qui s’est poursuivie, bon an mal an, jusqu’à nos jours. Non sans produire quelques navets.

Mais il est vrai que cette première incursion de Star Trek au cinéma peut dérouter. Surtout si votre rapport à la saga ne dépasse pas les films de J.J. Abrams (Star Trek en 2009, puis Into Darkness en 2012), qui l’a relancée avec le succès que l’on sait. Le Star Trek de 1979 est une œuvre insolite, d’une lenteur presque agaçante, plus esthétique que narrative.

Sa genèse, d’ailleurs, est tout aussi passionnante (d’aucuns diraient : voire plus intéressante) que le film lui-même. Voici pourquoi.

De la série au film… à la série

La diffusion de la série originale sur NBC entre 1966 et 1969 crée un véritable phénomène culturel qui laisse augurer de son ampleur lorsque, à la fin de la 2e saison, c’est la pression des fans qui pousse la Paramount à en produire une 3e. 76 épisodes plus tard, la soif de Gene Roddenberry, son créateur, n’est pas étanchée.

Dès 1968, Roddenberry imagine des suites à sa série. D’abord un spin-off (notez la modernité du concept), Assignement : Earth, dans lequel l’Enterprise est propulsée au XXe siècle, un projet qui n’aboutit pas ; puis une série animée de 22 épisodes, Star Trek the Animated Serie en 1973, que tout le monde ou presque a parfaitement oubliée. À raison.

Roddenberry verrait bien le grand écran accueillir les nouvelles aventures de ses héros. Il propose un script à la Paramount, qui préfère passer son tour, estimant qu’une production de cette ampleur ne serait pas viable économiquement. Le triomphe de Star Wars, en 1977, lui donne tort : les voyages intersidéraux et les combats spatiaux peuvent bel et bien remplir les salles.

Mais plutôt qu’un long-métrage, la Paramount favorise le projet d’une nouvelle série, Star Trek : Phase II : l’équipage original de l’Enterprise repart pour une mission de 5 années d’exploration galactique. Le projet échoue aux portes de la production – des scripts ont été écrits, le casting a été trouvé, tout le monde était prêt – mais le studio, cette fois, se montre à nouveau enthousiaste à l’idée de faire un film.

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A la recherche d’un bon script

Gene Roddenberry, en 1975, a rédigé un script pour son film : The God Thing est l’histoire d’une entité aux pouvoirs astronomiques qui, se dirigeant vers la Terre, est interceptée par l’Enterprise. On commence à voir d’où vient l’idée qui structurera la récit final de l’adaptation cinéma.

La Paramount, elle, dit « non ». Et fait appel à des pontes de la science-fiction littéraire pour appuyer Roddenberry. Ray Bradbury, Theodore Sturgeon, Harlan Ellison et Robert Silverberg s’y collent – en vain. Rien n’en sort de bon. Enfin, deux Britanniques, Allan Scott et Chris Bryant, pondent Planet of the Titans, qui imagine que les Titans de la mythologie grecque étaient… des extraterrestres.

Le script est improbable mais le studio est impatient de s’y mettre. Philip Kaufman prend les commandes de la réalisation, la pré-production démarre en 1976… et paf, tout se désagrège. Les scénaristes partent en courant parce que le studio a modifié leur script sans leur avis, Kaufman change de gros détails (Spock devient le capitaine !), et Roddenberry boude dans son coin.

Il faut, donc, Star Wars pour relancer la machine. Et pour de bon, cette fois : le script est repris de l’épisode pilote non tourné de Phase II, mis en forme par Alan Dean Foster sur une idée de Roddenberry. À la tête de la Paramount, Michael Eisner et Jeffrey Katzenberg acquiescent – ils aimaient bien ce scénario au départ. Et c’est parfait, puisqu’il suffit de reprendre les décors et costumes prévus pour l’épisode !

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Une bien vaste Entreprise

Le vieux design de l’Enterprise, le vaisseau star de la série imaginé par Matt Jefferies, est dépoussiéré pour l’occasion : autant dire que le tournage est prêt à commencer. Les prises de vues démarrent au printemps 1978. Robert Wise, géant d’Hollywood en fin de carrière, s’est installé dans le fauteuil de réalisateur.

Voilà qui confère à la production un inestimable cachet qualitatif. Robert Wise, comme tous les réalisateurs de sa génération, a traîné ses guêtres dans à peu près tous les genres cinématographiques. Mais il reste admiré des fans de S-F pour son célèbre Le Jour où la Terre s’arrêta en 1951, ainsi que pour son adaptation culottée du Mystère Andromède de Michael Crichton en 1971.

Tout va bien pour Star Trek le film. À ceci près que le scénario n’a pas de conclusion et qu’il mélange plus ou moins bien les éléments piqués dans les scripts écrits précédemment. Les scénaristes perdent leurs cheveux à force de réfléchir à une fin qui ne soit ni décevante, ni grotesque. Il va falloir un miracle.

Et pourquoi pas ? Le retour de Spock est, en soi, déjà une forme de miracle. Jusqu’à la dernière seconde, Leonard Nimoy, qui jouait le Vulcain dans la série, a refusé de revenir ; il n’était d’ailleurs pas présent au casting de Phase II, remplacé par un certain Xon, de la même planète. Le film s’inspire de la péripétie pour réintégrer Spock à l’équipage après une longue retraite sur Vulcain.

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Star Trek le film de 1979 : une œuvre atypique

Déconcertant à son époque, Star Trek le film reste une expérience insolite de nos jours. Robert Wise à la mise en scène, Douglas Trumbull aux effets spéciaux et Jerry Goldsmith à la musique en ont fait une sorte de « trip » spatial qui raconte moins une histoire qu’il ne laisse ses personnages dériver, et regarder le paysage.

Symptomatique, la séquence de retrouvailles entre le capitaine Kirk et l’Enterprise : la longueur de la scène, qui voit le petit vaisseau de Kirk tourner autour de l’Enterprise avant d’aborder, s’étendant au-delà de toute raison, tient de l’idolâtrie. Cette parenthèse muette, rythmée par la composition de Goldsmith, donne le ton contemplatif du film.

L’exploration du nuage magnétique qui entoure V’Ger, l’entité qui se dirige vers la Terre avec des intentions ambiguës, immense et tout droit sorti d’un imaginaire grandiloquent, prend à elle seule plusieurs dizaines de minutes.

L’existence même de V’Ger, et sa raison d’être, ouvrent des horizons métaphysiques qui renvoient à la série d’origine autant qu’au trip psychédélique qui ouvre la dernière partie de 2001, L’Odyssée de l’espace. Pas mal pour une production à 46 millions de dollars – une somme énorme pour l’époque – censée réunir à la fois les fans de la série et un maximum de spectateurs lambdas !

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Une franchise née dans la douleur

Ce n’est pas une surprise : en décembre 1979, à la sortie du film, les critiques lui tombent dessus. Ils n’ont, semble-t-il, pas apprécié la dimension métaphysique du film, l’impression que le récit et les personnages sont noyés au milieu des effets spéciaux et d’un prêchi-prêcha renvoyant aux origines de l’homme. 2001 avait reçu en accueil tout aussi froid en 1968.

Le public, lui, ne boude pas son plaisir : le film rapporte 139 millions de dollars dans le monde, de quoi rentabiliser son budget. Le seul film de la franchise à faire mieux sera… Star Trek, par J.J. Abrams, en 2009. Pourtant, la Paramount fait la tête. Les pontes espéraient mieux.

En punition, ils retirent à Gene Roddenberry son droit de regard sur les suites – ce qui peut expliquer, à partir du 4e opus surtout, la déroute artistique que subira la saga. Néanmoins, la franchise Star Trek perdure. Et pourrait bien poursuivre son chemin vers l’infini, et au-delà !

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