La trilogie du Hobbit est-elle à la hauteur de Tolkien ?

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Voilà une question sur mesure pour nos amis geeks : un an après la sortie du 3e épisode de la trilogie du Hobbit au cinéma, et quelques semaines après la mise à disposition, en vidéo, de la version longue de La Bataille des Cinq Armées, que faut-il penser des retrouvailles de Peter Jackson avec la Terre du Milieu ? Tolkien se serait-il retourné dans sa tombe en regardant l’adaptation de son célèbre roman ?

Pour aller droit Hobbit

Les écrits de J.R.R. Tolkien, et notamment Le Seigneur des Anneaux, sont pour la littérature fantasy ce que Star Wars et son univers sont pour le cinéma de science-fiction : un must auquel aucun aficionado ne peut échapper. Parus entre 1954 et 1955, les trois tomes qui constituent l’œuvre phare de l’écrivain britannique sont devenus indispensables.

Mais avant Le Seigneur, il y avait Le Hobbit. En 1937, ce curieux petit livre fait son apparition en librairie. Conte pour enfants ? Récit fantaisiste ? Difficile de classer cette œuvre, dont le succès est cependant immédiat. La première incursion de Tolkien dans la Terre du Milieu, ce territoire qu’il a inventé de toutes pièces, a été suffisamment réussie pour qu’il y poursuive sa route.

Près de 80 ans plus tard, Le Hobbit a définitivement intégré la bibliothèque idéale. C’est ce petit roman de 350 pages que Peter Jackson a porté sur grand écran, dix ans après en avoir terminé avec son adaptation ambitieuse du Seigneur des Anneaux. Toujours sous la houlette de la MGM et de New Line Cinéma.

La trilogie était une prélogie

Utilisons ce terme forgé à l’époque de la sortie des épisodes I, II et III de Star Wars : comme George Lucas l’avait fait avant lui, Peter Jackon a écrit et réalisé une prélogie, c’est-à-dire une trilogie du Hobbit qui se déroule avant une autre trilogie, celle du Seigneur des Anneaux (que nous appellerons SDA pour faire plus simple), mais réalisée après. Vous suivez ?

Le Hobbit raconte, en effet, les événements qui précèdent les guerres de l’Anneau relatées dans le SDA. On y apprend comment Biblo Baggins, l’oncle de Frodo, a pris possession de l’Anneau unique forgé par le Seigneur des Ténèbres, Sauron, au cours d’une quête en compagnie de 13 nains.

Biblo est un Hobbit, un personnage de petite taille, plus court sur pattes qu’un nain, vivant dans une paisible contrée de la Terre du Milieu qu’on appelle la Comté. Peu attirés par les aventures, qui riment souvent avec les problèmes, les Hobbits restent sagement à leur place et se contentent de cultiver leur jardin, de fumer de l’herbe à pipe et de manger (de façon gargantuesque).

Néanmoins, à la faveur du magicien Gandalf, Biblo se retrouve mêlé à la quête de l’héritier naturel du royaume d’Erebor qui ambitionne de reprendre possession de son bien : la Montagne Solitaire et les tapis d’or et de bijoux qui y dorment. Le seul souci, c’est qu’un dragon, Smaug, s’est confortablement installé sur les tas de pièces. Et qu’il compte bien y rester.

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Comment la trilogie du Hobbit est devenue… une trilogie

Dans la foulée du grand succès remporté par le SDA (Le Retour du roi, 3e épisode, fut sacré par un Oscar du meilleur film en 2004), les deux studios de production, la MGM et New Line Cinéma, s’intéressent au livre « introductif » sorti par Tolkien en 1937. Au départ, c’est le réalisateur mexicain Guillermo del Toro (Pacific Rim, Crimson Peak) qui s’y colle.

Mais rapidement, le projet commence à dériver – les studios parlent de faire deux films pour couvrir le Hobbit, puis trois – et del Toro quitte le navire. Appelé à la rescousse, Peter Jackson prend le train en route alors qu’il roule déjà à pleine vitesse. Il a récemment confessé qu’il n’était pas suffisamment prêt et que le tournage a été en partie improvisé.

Si l’idée d’une trilogie semblait évidente, et même rassurante, pour le SDA (puisque le roman est composé de trois parties, elles-mêmes divisées en deux livres), on peut penser que c’est l’appât du gain qui a poussé les studios à prévoir de nouveau une trilogie. Pour comparaison, les deux livres, dans leur édition HarperCollins en version originale, font :

  • 1030 pages (hors annexes) pour le Seigneur des Anneaux
  • 350 pages pour le Hobbit

Une trilogie du Hobbit était donc, en soi, un projet étrange, motivé commercialement mais assez peu cohérent au regard de l’œuvre originale. Même si le livre est parfois très allusif, Jackson a artificiellement rallongé des parties très brèves : ainsi, la bataille des cinq armées, qui prend un film entier, est expédiée par Tolkien en… une page.

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Au royaume du commerce, le spectateur est roi

Alors, pourquoi une trilogie du Hobbit ? Avançons deux arguments :

  • Le positif : Peter Jackson avait ainsi l’occasion de développer longuement les liens psychologiques esquissés dans le roman, et tracer les contours des grandes trajectoires qui mènent au SDA (dans le roman, la présence vague du Nécromancien n’est jamais explicitée, alors qu’il s’agit déjà d’une forme primitive adoptée par Sauron avant son retour au Mordor). Il pouvait également en profiter pour insérer une histoire d’amour entre une femme elfe (absente du livre) et l’un des nains, et convoquer un personnage (Legolas) qui n’apparaîtra que dans le SDA.
  • Le négatif : pourquoi faire un seul film, quand on peut en faire trois ? Certes, c’est un peu plus cher. Mais voyez les avantages : on utilise les mêmes comédiens, les mêmes costumes et décors, la même équipe technique. On établit un seul budget marketing. Et les fans, au lieu de payer une place de cinéma, en paieront trois ! Ajoutez la 3D et chaque film rapportera un max.

Les deux raisonnements se valent. Mais gageons que l’argument des studios a pesé plus lourd dans la balance que, celui, artistique du réalisateur.

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La trilogie du Hobbit vaut-elle le roman ?

S’il est difficile de savoir ce que Tolkien aurait pensé de cette adaptation inutilement rallongée de son court roman, qu’il voyait comme une introduction à la grande épopée du SDA, la seule comparaison artistique entre les films et le livre est clairement à l’avantage de ce dernier.

Le Hobbit est un ouvrage léger en apparence, mais plein de subtilité, qu’il est possible de lire de multiples façons. Ce n’est pas tout à fait un roman héroïque (contrairement à la tonalité adoptée par les films). Peter Jackson a choisi d’en tirer une histoire manichéenne et très sombre, faisant peser la menace Sauron quelques 70 ans avant les événements du SDA.

De sorte qu’il se méprend sur le sens du travail de Tolkien, et dessine des personnages qui n’ont plus aucune ambiguïté. Prenons un exemple : l’apparition du roi des nains, Thorin Oakenshield, héritier du royaume d’Erebor. La scène se passe devant la porte de Bilbo, à Bag End :

  • Dans le premier film de la trilogie du Hobbit, Un voyage inattendu, les 12 premiers nains débarquent chez Bilbo à l’improviste. Tous sont traités avec humour et un soupçon de parodie. Sauf Thorin : quand la porte s’ouvre, il apparaît dans toute sa splendeur dans l’encadrement de la porte, fier, éclair par la lumière de la lune. Il est immédiatement héroïsé.
  • Dans le roman, Thorin arrive en même que plusieurs de ses camarades. Tous sont appuyés sur la porte, de telle sorte qu’au moment où l’ouvre Bilbo, la bande de nains se fracasse sur le sol de l’entrée, les uns au-dessus des autres, et Thorin au sommet. Cette entrée malheureuse le poussera à faire la tête à son hôte pendant plusieurs heures. Ici, Thorin est dessiné comme un personnage un poil grotesque, capricieux et orgueilleux.

De sorte que, sans dénigrer complètement la trilogie du Hobbit, il est tout de même fortement conseillé de retourner du côté du livre de Tolkien qui vaut vraiment le détour. Que l’on ait 7 ou 77 ans.

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